Histoire Ancienne (du Moyen-Age au XXème siècle)

Le château de Picomtal a été bâti par les Embrun, seigneurs laïcs aux côtés des archevèques d'Embrun, auprès desquels ils exerçaient des fonctions des viguiers ou vidames. Ils ont fourni un très grand nombre d'archevêques au cours du Moyen-Age. Leur souveraineté s'étendait alors de Châteauroux jusqu'à Pont rouge ( Pont sur le torrent de Boscodon), aux limites de Montmirail et de Savines.

Les Embrun ont été chassés de la ville par une révolution municipale de Châteauroux (Château de Marcellin) vers l'an 1080, à l'instigation de l'archevêque et des bourgeois de la localité. Ils se sont alors retirés dans la partie basse de la paroisse de Saint Jean, où ils construisirent un donjon de bois, fondant ainsi la seigneurie des Crottes.

Au XIIIème, le donjon de bois a été remplacé par un donjon de pierres, tour Sud-Ouest du Château actuel et dite Tour Boniface. Cette tour, entourée d'une palissade de rondins, comportait une cave et un étage non voûté auquel on accédait au moyen d'une échelle.

La présence de la garnison qui accompagnait les anciens seigneurs d'Embrun et la sécurité qu'elle apportait, incita les cultivateurs de la paroisse de St Jean à s'établir à proximité de leurs terres de la plaine ; c'est ainsi que naquit l'agglomération de Crots, qui ne comportait jusqu'alors que quelques bergeries d'étape pour les transhumances.

En prenant comme point de départ le donjon du XIIIème, les Embrun ont ensuite, au XIVème, bâti un château carré de quatre tours, comportant au rez de chaussée une cuisine et une écurie voûtée et pavée. Au premier étage avaient été aménagées deux pièces de grandes dimensions. L'escalier se trouvait dans la tour nord-ouest aujourd'hui disparue. Les tours de ce château n'étaient pas voûtées.

En 1507, Martin de la Vilette, qui avait hérité des Embrun, a remanié complètement le château. Doublant sa surface au sol, il a fait démolir les deux tours du côté de la plaine, et les a remplacées par deux autres tours érigées sur la terrasse actuelle. Il a fait construire en avant de l'ancienne façade nord trois pièces sur cave et une cage d'escaliers. C'est sans doute à cette époque qu'il a fait surélever les deux tours antérieurement existantes, réhaussé d'un étage le bâtiment du XIVème et fait reconstruire la charpente actuelle du corps central de l'édifice.

L'aménagement intérieur, les plafonds à la française et l'édification des murs de refend doivent dater de la fin du XVIème ou du début du XVIIème. Il est en tout cas antérieur à 1692.

Le château de Picomtal compte donc une tour du XIIIème, un bâtiment du XIVème auxquels ont été accolés un autre bâtiment et deux tours au début du XVIème. L'état primitif a donc été depuis à peu près intégralement conservé. Les fenêtres ont pourtant été agrandies ; une véranda a été construite sur la façade sud, sans doute au début du XIXème. A cette époque également, la façade s'est ornée d'un balcon de bois aujourd'hui disparu. Les murs de soutènement de la terrasse sont du XVIè, ainsi que l'emplacement du jardin.

L'avenue d'accès actuelle ne date que du XIXème, le chemin primitif étant le raccourci qui passe sous le mur ouest de la terrasse et donne sur l'ancienne ferme.

En août 1692, les troupes du duc de Savoie ont brûlé une partie du chateau, côté de l'actuelle salle à manger et de la tour de la chapelle, mais peut-être également toute la partie est du château, comme en témoignent les vestiges de poutres calcinées découvertes en 1999 lors de la dernière restauration.

Le château de Picomtal a successivement appartenu aux Embrun, aux la Vilette, aux Rame et à la famille de Ravel. C'est l'abbé de Ravel qui a fait construire, accolée à la tour Nord-Est, la chapelle devenue par la suite une grange. A cette époque, le château aurait occasionnellement servi de résidence d'été à l'archevêque d'Embrun.

Les héritiers de l'abbé de Ravel cédèrent en 1769 le domaine de Picomtal et la seigneurie des Crottes, devenue bien symbolique, à Joseph Cellon, bourgeois d'Embrun et ancien officier d'infanterie coloniale. En 1792, sans doute à la mort de celui-ci, la propriété est acquise par Jean-François Cressy, ci-devant Vi-Bailli royal d'Embrun et reconverti en commissaire des guerres du gouvernement révolutionnaire.

La famille Berthe, qui avait réalisé une grosse fortune dans les fournitures militaires et le commerce des bestiaux et avait déjà acquis l'Abbaye de Boscodon lors de sa mise en vente comme bien national, achète à son tour le château.

Sous la direction de M. Ferrari, architecte local, on y procède alors à d'importants travaux, notamment à la modification de la charpente des tours. C'est à cette époque, vraisemblablement à la fin de l'Empire, qu'est tracée l'avenue actuelle et construite l'anachronique véranda style Louisiane ombragée côté sud par deux genévriers de Virginie encore en place actuellement.

Le dernier Berthe, Louis, qui fut 23 ans, maire de la commune des Crottes, mourut en juillet 1870. Sa chapelle funéraire existe toujours dans la partie ancienne du cimetière communal.

Vendus en adjudication publique en 1876, le château et ses terres devinrent alors la propriété de Mr Joseph Roman, ancien avocat, descendant d'une vieille famille de Provence, qui procéda en homme de goût à d'importants travaux dans son aménagement intérieur et lui donna à peu de choses près son apparence actuelle. Monsieur Joseph Roman, qui fut maire des Crottes, était membre de l'Institut. Il s'est illustré dans la science sigillographique, l'histoire de l'art et les études archéologiques locales.

Après sa mort en 1924, le château est resté dans la famille Roman d'Amat, ses héritiers, jusqu'en 1998, date du rachat de l'édifice par Jacques et Sharon, qui procédèrent à la dernière restauration de 1999 à 2003.